Vivre avec une personne en dépendance affective est déroutant. Au début, la relation semble flatteuse : nous nous sentons choisi.e, précieux.se. Puis, à force de sollicitations, nous avons le sentiment d’étouffer. Comment protéger le lien des excès ? La psychothérapeute Sarah Serievic a répondu à nos questions.
Comment la dépendance affective de celle ou celui que nous aimons nous impacte-t-elle ?
S.S. : À force de soutenir notre partenaire, notre ami.e, notre parent, nous entrons dans une forme de codépendance. Nous nous sentons responsable de son équilibre. Nous redoutons ses réactions, culpabilisons de prendre du temps pour nous-même, nous privons de relations ou d’activités qui nous sont propres, nous adaptons à ses projets, son rythme ou son emploi du temps. Tout pour le ou la sauver de son angoisse d’abandon ! Ainsi, nous croyons l’aider ; mais nous n’aidons personne en devenant indispensable.
Nous entrons donc dans son « jeu » ?
S.S. : Vivre avec une personne en manque constant d’amour n’arrive pas par hasard. C’est un « jeu » qui se joue à deux puisque nous nous rencontrons sur des blessures complémentaires : nous voulons sauver comme nous avons voulu sauver un parent en souffrance ; elle veut être sauvée puisqu’elle a été malmenée dans l’enfance. Ce qu’il faut comprendre, c’est que son vide fait écho au nôtre.
Et cesser de le ou la rassurer ?
S.S. : Le problème n’est pas l’attachement, mais la manière d’apaiser la béance. Le piège est subtil : pour réconforter, nous avons tendance à rassurer plus. On explique, on promet, on justifie. Sur le moment, cela fonctionne et l’angoisse retombe. Mais une croyance se met en place : « Je suis le ou la seule à pouvoir le ou la sécuriser. » La source d’apaisement est déplacée à l’extérieur. La prochaine inquiétude reviendra donc plus vite et plus fort.
Comment réagir à sa demande d’amour ?
S.S. : Refuser les interrogatoires affectifs, de même que le chantage, ne pas répondre aux sollicitations permanentes n’abîme pas la relation, cela la rend possible. Il ne s’agit pas d’opter subitement pour la distance, mais de prendre acte de la difficulté et d’accueillir l’émotion qu’elle génère sans la prendre en charge. Une question s’impose, autant pour la personne dépendante que pour son ou sa sauveur.se : « Qu’est-ce que je refuse de me donner à moi-même ? » Interroger les besoins de chacun participera à développer les ressources internes qui contribueront à retrouver le plaisir d’être ensemble.
